23.08.2008

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Serais-je plus légère

A vous dire en vers

Que mes yeux sont de misère

Quand les vôtres se gorgent de lumière

Prendrez-vous le temps de me lire

Alors que sous mes doigts les mots ne doivent pas trahir

A votre vue mes lettres oseront-elles vous pleurer le pire

Quand vos paupières n’invitent au noir que pour vous endormir

 

Serais-je plus joyeuse

A vous entendre sourire des couleurs heureuses

A mettre vos bleus d’azur à mes pupilles paresseuses

Quand même vos gris lassés feraient de mon corps une valseuse

Entendrez-vous le jaune de l’iris assoiffé

Parler aux tendres alizés que frôlent ma peau cornée

 

A votre pas cadencé

Ma canne boisée sonnera-t-elle du mouvement de mes cils froissés

Quand vos ombres à mon étendue démesurée

Seraient ma lumière même voilée

 

Serais-je plus diaphane

A vous murmurer de mes larmes qui fanent

Que mes étoiles ne rencontrent jamais la nuit

Bien que sur les voix de vos visages le temps fuit

Goûterez-vous l’odeur des teintes de mon cristallin

Puisque là mon obscur et mon clair ne sont point

A vos ondes lumineuses accrocherez-vous l’âme de ma prunelle

Quand à mon humeur vitrée les rouges chromatiques percent le soleil éternel

 

Serais-je moins éphémère

A peindre de mes mains les formes de mon univers

Là où vos regards partagent les pigments de vos rivières

Quand les miens trempent dans les saisons de mes chimères

Etes-vous quelquefois de mes visions le miroir

Que trace la mélopée en demi-tons de mon grimoire

Quand de mes ailes naissent les sons de l’espoir

Fermerez-vous les yeux pour me voir

 

Serais-je plus légère

A vous dire en vers

Que mes yeux sont de misère

Quand les vôtres se gorgent de lumière

 

            Je m’appelle Maria

            Je suis aveugle

 

Tous droits réservés - 2008 - Françoise Bachmann